Victoria Pétrosillo: d'une Marianne mi-fleur, mi-démon à une vie comme défi suprême

12/06/2011
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Victoria Pétrosillo: d'une Marianne mi-fleur, mi-démon à une vie comme défi suprême
"J’adore mon métier, comme je peux le détester." La phrase peut surprendre, mais bien pensée et assumée, elle fait réfléchir. La difficulté, elle l’affronte, bien qu’elle en ait peur. Elle-même se définit d’ailleurs comme "une grande traqueuse". Pourtant, sur scène, elle se met à nu et s’illumine, chaque soir, au sein de la troupe Le Roi Soleil. Nous sommes en 2005. Même s’il ne la paralyse au point de l’empêcher de donner et de se donner à son public, le trac est là. Encore aujourd’hui. Même plusieurs années après. Même après 380 spectacles et un million d’albums écoulés. Même après s’être représentée devant plus de 1 600 000 personnes…

Dans La Foule, Edith Piaf chante: "La joie me transperce et rejaillit au fond de moi." Elle a le même effet sur Victoria Pétrosillo. Le trac laisse alors place à l’émotion, pure. Bien plus qu’amoureuse de la vie, Victoria en est une passionnée. Comme l’émotion, elle la transmet via la poésie. Celle des mots. Le critique littéraire russe Vissarion Bielinski affirmait que "dans la poésie, la vie est encore plus vie que la vie même." Alors Victoria distille un peu partout des souffles de vie.

Petite, déjà, telle une pile électrique, Victoria Pétrosillo s’amuse à se filmer à l’aide du caméscope familial, jouant des rôles tantôt dramatiques, tantôt plus légers. À 9 ans, à l’occasion de l’anniversaire de sa mamie, elle chante du Piaf devant un parterre d’invités. Sa première scène: "C’était un jeu ! Je ne me disais pas encore, à l’époque, que j’en ferais mon métier !" Et pourtant, le "jeu" va rapidement s’avérer être une vocation. Un talent.

Née d’un père chef d’atelier et d’une mère coiffeuse, Victoria Pétrosillo grandit dans la banlieue lyonnaise, entourée de sa sœur Laurène. Enfant, "Vic’" est réservée et craintive. Adolescente, mystérieuse et méfiante. Elle s’épanouit dans la chanson. À l’école, les autres élèves la jalousent. Le temps passe… Il ne cicatrise pas les maux. Alors Victoria se lance dans les mots pour chasser ses démons. L’écriture est un exutoire. Le caractère de la jeune fille se renforce. Et s’affirme, libéré de toute barrière: "Mes parents m’ont toujours soutenue, c’est une chance… Je les remercie pour leur confiance, ainsi que ma grand-mère de m’avoir transmis l’envie de faire ce métier." L’envie. En vie. Les mots ont un sens.

Victoria arrête ses études, et commence à satisfaire son besoin inépuisable de merveilleux, tout en partant à la conquête de la sagesse. Ses amis parviendront à créer l’équilibre. Elle s’en nourrit quotidiennement. Aujourd’hui, à la vie comme à la scène, Victoria a appris à relativiser. Sur presque tout. Ses influences, qui oscillent entre Georges Benson, Al Jarreau, Chick Corea, Dave Weckl et Maurane, témoignent de ses goûts non commerciaux. Comme l’écho de ses futurs choix artistiques…

Plus jeune, à l’âge où des hordes de fans se déferlent sur les boys band, Victoria étudie les répertoires des chanteuses à texte et à voix… Sa voie. Lors de sa première médiatisation, dans Je passe à la TV, présentée par Georges Beller, la jeune fille confesse vouer une passion immodérée pour les chansons tristes, pour se justifier d’avoir choisi d’interpréter L’Accordéoniste d’Edith Piaf. Elle fera deux autres passages dans l’émission, à la suite desquels elle sera repérée par plusieurs producteurs. L’un deux, Jacques Marouani, lui présente Didier Barbelivien, qui lui écrit son premier single, Le Désir de chanter. La petite Victoria n’a que douze ans, et enchaine déjà les apparitions TV (Vivement Dimanche, Plus vite que la musique, Exclusif, Les Années Tubes…).

À l’aube de ses 14 ans, l’adolescente est choisie pour représenter la France à l’UNESCO aux côtés de Michel Legrand et Barbara Hendricks. Devant plus de 10 000 personnes, accompagnée des 90 musiciens de l’Orchestre philarmonique de Moscou et de la chorale des Petits Ecoliers Chantants de Bondy, sous la direction de Zubin Mehta, Victoria interprète une chanson d’Yves Duteil, Pour les enfants du monde entier, en présence de nombreuses personnalités politiques dont la famille Chirac. Elle se rappelle: "C’était une très belle expérience. La dimension est différente aujourd’hui: quand tu es jeune, tu ne réalises pas. Tu ne fais que comprendre."

Après la sortie d’un deuxième single, Je veux tout (Warner), signé Gérard Presgurvic, Victoria s’engage avec Mercury, sous la direction artistique d’André Manoukian. Le premier opus de la jeune artiste, Victoria, aux influences pop, jazzy et acoustique, fait son apparition dans les bacs en mars 2004. La chanson phare de l’album, Les Amants sont éternels, devient celle du spectacle Holiday on Ice la même année. Le grand public découvre alors Victoria, aux côtés des patineurs artistiques Sarah Abitbol et Stéphane Bernadis.

En 2005, la comédie musicale Le Roi Soleil la révèle au grand jour. Victoria se complait dans le rôle d’Isabelle, la fille du peuple. Un personnage de pure fiction: "Je voulais être une petite Marianne ! Je n’avais pas besoin de me forcer à entrer dans le personnage, je me sentais naturellement si bien…" Au sein de la troupe, elle vit une expérience humaine riche et unique: "Quel pied de pouvoir jouer tous les soirs, successivement, au Palais des Sports, dans des Zéniths, puis de terminer par Bercy !", s’exclame-t-elle.

Un mois et demi tout juste après la dernière du spectacle, en août 2007, Victoria Pétrosillo prête sa voix à la version française du générique du feuilleton américain Heroes, intitulée Le Héros d’un autre (Music One). Victoria précise: "Si la voix masculine avait été retenue, l’interprète aurait été Grégory Lemarchal." Une petite montée d’adrénaline étouffe l’habituel trac de l’artiste, et l’encourage à rendre hommage à sa manière au jeune chanteur trop tôt disparu. Il s’agit du deuxième extrait du nouvel album de Victoria, Histoires de…, sorti en mai 2008. Un opus à double tranchant: un côté plus intimiste et plus tendre, un autre plus rude et plus puissant, à l’image du titre Mi-Fleur, Mi-Démon, auquel a collaboré Tété: "Je n’ai pas de juste milieu", reconnaît Victoria, avant d’ajouter: "Je suis les deux à la fois: étant scorpion, je peux être très gentille, mais aussi impulsive et indélicate. Cependant, je reconnais toujours mes erreurs !"

Aujourd’hui, Victoria Pétrosillo se connaît artistiquement. Depuis peu. Alors elle a décidé de se lancer. Seule, sans maison de disques. Elle a appris à se recentrer sur elle-même. Pour éviter de se perdre. C’est important. Elle s’est posée. Et prend le temps, désormais. Celui d’un troisième album par exemple, aux influences très différentes de ses deux premiers: "Des notes jazzy, des sons venus tout droit du Brésil, une ambiance fraîche…" Son premier "bébé", finalement: "Il sera véritablement le reflet de mes ressentis, car je co-écris mes textes, et compose grâce à l’aide et à l’expérience de ma guitariste, Virna Nova. J’ai profondément envie et hâte de partager cette partie de moi avec le public, qui sera le seul juge de mon album. Les titres délivrent tous un message très positif, et comportent pour certains d’entre eux une pointe d’ironie et d’humour." Comme ce texte sur l’argent… Il ne fait pas le bonheur, dit-on. Le sien, elle ne l’a pas acheté. Elle est allée le chercher.

"Ça m’a forgée à être et à devenir", constate Victoria. Avant, la difficulté, elle l’affrontait, bien qu’elle en avait peur. Maintenant, elle est son plus fidèle allié: elle la transforme en défi. Le prochain serait de composer pour d’autres. Actuellement, elle joue les chœurs pour l’émission X Factor, diffusée sur M6. Prochainement, en décembre prochain, on la retrouvera dans la version contemporaine et musicale de Blanche-Neige dans La Véritable Histoire de Blanche-Neige de Laurent Bénégui, diffusée sur France 2, en compagnie de Claire Keim, Bruno Solo ou encore Armelle. Des défis en cours.

Parfois, les défis échouent. Parfois, seulement… Alors souviens-toi Victoria, ma p’tite Vic’, de ce que disait Mère Térésa: "La vie est un défi à relever, un bonheur à mériter, une aventure à tenter." Croque-la à pleines dents. Oui, elle est précieuse. Alors fonce. Sans jamais te retourner. C’est ton petit plus à toi…

Charlyne peut être fière de t’avoir comme grande sœur.



1.Posté par Ana Crouse le 13/06/2011 11:59
Très beau portrait, joliment écrit, bien documenté et bien ressenti. Merci.

2.Posté par Stéphany le 13/06/2011 12:10
Superbe article... qui nous rappelle cette belle histoire qu'on a vécu... et qu'on continuera à vivre aux côté de Victoria ! Je suis fière d'avoir découvert une si belle artiste il y a quelques années : émotions, rires, larmes, joie, folies !!!
Soit fière de toi Vic' et oui continue de foncer ! La pomme est au bout du chemin ;)

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