Stéphane Bern: de la mondanéité au divertissement, de l'image à la réalité23/02/2010
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Crédit photo: © Gilles Scarella/France 2
On connait tous l'homme de radio, l'homme de TV. L'Homme, moins. Stéphane Bern est un touche-à-tout. Il ne s'en défend pas: "Je suis protéiforme. Et pourtant, on essaie toujours de me réduire à une image."
Pour certains, il est un historien; d'autres le qualifient de "mondain"... Stéphane ne se reconnait pas dans ces images que les journalistes tendent à lui prêter: "J'ai l'impression que l'on parle de quelqu'un d'autre, c'est exagéré", confie t-il, avant d'ajouter: "Je pense avoir prouvé dans ma vie que je faisais d'autres choses que de la mondanéité, non ?" L'Homme n'est pas blessé, mais semble gêné et agacé: "C'est tellement plus facile de réduire quelqu'un à une apparence... Il est plus compliqué en revanche de s'attacher à la réalité, ça demande d'accorder plus de temps et d'intérêt à la personne..." Stéphane Bern est un homme de principes. Petit-fils d'immigrés, il grandit dans un milieu de petite bourgeoisie, recevant très tôt une éducation stricte, "un peu prussienne", avouera t-il. "On ne transigeait pas sur les valeurs: respect, politesse, courtoisie, partage et ouverture d'esprit étaient de mise." La culture et le travail, un apprentissage. Stéphane a aimé grandir: "Je n'étais pas très heureux. J'ai commencé à me sentir bien dans ma peau à partir de 22 ans." Nous sommes en 1985. Fraîchement diplômé de l'Ecole Supérieure de Commerce de Lyon, le jeune homme devient rédacteur en chef de Dynastie, le magazine des grandes familles. À l'époque, il voue déjà une passion particulière depuis quelques années pour les têtes couronnées: "À 12 ans, mon héros était Juan Carlos Ier, l'actuel roi d’Espagne. Je voyais en lui un sauveur, le restaurateur de la démocratie espagnole." Un goût prononcé pour l'histoire qui vient des origines de sa maman: "Vers 10 ans, je me suis rendu compte qu'en France, nous n'avions pas de Grand Duc ou de Grande Duchesse comme au Luxembourg, ça m'a intrigué." Alors Stéphane, emporté par sa curiosité, lit, s'intéresse, étudie l'histoire de France. Puis l'histoire des Rois de France. La passion mûrit. Le journaliste s'ouvre à d'autres domaines, élargit ses compétences, enrichit son savoir. Il pige. Essentiellement pour des magazines de santé. Il collabore pour Voici, touchant ainsi à tout ce qu'il y a de plus glamour. À l'époque. En 1988, Stéphane débarque à Jours de France, racheté l'année suivante par Madame Figaro, où il devient grand reporter et chef du service événements. La presse féminine s'ouvre à lui. La beauté, la mode le passionnent. Jusqu'à un certain point: "Je ne suis pas quelqu'un qui suit les tendances. Au XVIIème siècle, le philosophe Gustave Thibon affirmait: "Être dans le vent est une ambition de feuille morte." Voilà, c'est exactement ça: je n'ai jamais été à la mode, et je ne veux pas en être une victime. C'est le meilleur moyen de ne pas se démoder. Et puis, je n'ai rien contre le système capitaliste, mais la croissance pour augmenter les richesses, ça ne m'intéresse pas, je ne suis pas quelqu'un de matérialiste." La passion, la raison. Europe 1 fait appel à Stéphane Bern en 1992. C'est avec ferveur et enthousiasme que le "Royal Watcher" commente en direct le divorce du Prince Charles et de Diana: "Il y avait un engouement incroyable dans l'opinion publique", se souvient Stéphane. De même: "Lorsque Lady Di est décédée, j'étais dans la voiture d'Europe 1 en plein Paris, je relatais les événements heure par heure. C'était passionnant." Et d'ajouter: "Quand je vois le nombre d'erreurs qui sont écrites sur le sujet, je me dis qu'on ferait mieux de faire appel à des spécialistes !" L'observateur des événements royaux s'est de suite imposé comme la pièce maîtresse dans le domaine: "Visiblement, je dépoussiérais le sujet par rapport à Léon Zitrone qui tenait le crachoir sur la question", reconnait-il. En 1995, alors qu'il officie encore sur Europe 1 -qu'il quittera deux ans plus tard-, Stéphane Bern signe avec TF1 et devient chroniqueur dans Echos de Stars, avant d'être coanimateur de Célébrités avec Alexandra Bronkers. Puis en 1998, la chaîne lui propose la présentation de Sagas, une émission qui s'intéresse aux destins hors du commun de personnalités reconnues pour leur talent. Mais en 2003, après cinq ans d'antenne, l'émission est en perdition. Les audiences sont en chute libre. Stéphane en quitte la présentation, déléguée à Flavie Flament. Le concept de Sagas est réétudié. Mais rien n'y fait. C'en est terminé. Les explications de Stéphane: "L'émission a dérivé au fil du temps, il fallait que ça dégouline de bling-bling, que ça devienne plus "cheap"... Peu importe si les personnalités n'avaient pas de talent, elles étaient riches. On ne parlait plus des stars lorsqu'elles nous ouvraient leurs portes, mais en leur absence. On a banalisé l'émission, qui portait autrefois sur des figures exceptionnelles, en mettant en avant le tout-venant: les animateurs, les candidats de la télé-réalité... J'ai eu beaucoup de mal à comprendre cette manière d'agir, à l'image des émissions people actuelles." Alors Stéphane s'en va. Il quitte le navire. Aborde un virage. Un tournant dans son image. À Canal+, dans 20h10 pétantes, on découvre Stéphane Bern au naturel. Simple. Sincère. "J'ai un regard bienveillant sur les gens et sur la vie", constate t-il. Une attitude altruiste qui va peu à peu modifier le comportement des télespectateurs: "L'image ne vous appartient pas, elle vous échappe. Celle que j'ai véhiculé à la TV jusqu'en 2003 ne correspondait pas à la réalité. Je me cachais derrière, et ça ne me déplaisait pas, ça me protégeait d'une certaine manière. Mais je m'en suis senti prisonnier, au bout d'un moment. J'étouffais. Je me demandais si j'avais perdu mon âme, ou si on ne me comprenait pas. Je me devais de frapper un grand coup, car dans la vie, je suis quelqu'un d'accessible et proche des gens." Et ça se sent. Lorsqu'à la rentrée 2006, Stéphane Bern fait ses débuts sur France TV, les téléspectateurs découvrent l'Homme. L'image de gendre idéal est révolue. L'Arène de France et Pourquoi les manchots n'ont-ils pas froid aux pieds ? ne trouvent pas leur public. Les deux émissions s'arrêtent prématurément. Secrets d'Histoire et Comment Ça Va Bien ! sortent du lot. Secrets d'Histoire reviendra cet été sur France 2 sur les grandes figures emblématiques de notre histoire. Des numéros consacrés à Diane de Poitiers, Anne d'Autriche, la Princesse de Palatine et l'Impératrice Eugénie. Comment Ça Va Bien !, depuis fin janvier, donne champ libre à l'équipe de journalistes qui composent l'émission consacrée au bien-être et à l'art de vivre. Chaque jour, de 15h15 à 16h, les chroniqueurs de Stéphane Bern testent les tendances, les comportements, les nouveautés qui ont trait à la vie quotidienne des Français. Les précisions de Stéphane: "J'avais envie d'un rendez-vous quotidien et de proximité avec les Français. Je suis satisfait. C'est une émission qui se passe dans la joie et la bonne humeur, sans aucun misérabilisme, dans laquelle on ne se prend pas au sérieux. Et ça plait, puisque nous tournons autour du million de téléspectateurs et touchons un public de plus en plus féminin, qui ne se retrouvait pas forcément dans "Derrick" ou "Rex"... C'était un challenge difficile et important pour France TV, qui a été dès le début soutenu par le Directeur Général Patrice Duhamel." Parallèlement, depuis 10 ans, Stéphane Bern anime et produit Le Fou du Roi, sur France Inter. Avec plus de deux millions d'auditeurs quotidiens, l'émission est la plus écoutée de France sur sa tranche horaire du midi. Les ingrédients d'un tel succès ? "Une programmation musicale audacieuse, des invités de qualité, et un humour percutant", dixit Stéphane. Dans l'émission, tout est possible. Tout est fait pour que les invités passent un mauvais quart-d'heure, à l'image du Tribunal des flagrants délires, diffusée sur les ondes au début des années 80. La radio, la TV, et le cinéma. Un art auquel Stéphane succombe en 2001, en interprétant son propre rôle d'animateur TV dans Absolument fabuleux, un film de Gabriel Aghion. On le retrouvera dans un costume similaire cinq ans plus tard, dans Les Aristos, de Charlotte de Turckeim. À l'époque, Stéphane est dans l'image. Celle qu'on lui a fabriqué. De toutes pièces. La réalité est toute autre. Lui, fait preuve de lucidité: "Pour être bon comédien, il faut parait-il manquer d'analyse, et se donner avec naturel. Ne pas commencer à réfléchir à ce que vous faites. J'adore ça ! J'aime les propositions décalées. Jouer l'animateur TV m'exaspère désormais." Pas étonnant donc d'apprendre que Stéphane vient d'endosser le costume de Louis II de Bavière pour les besoins d'un prochain film. À suivre ! Interpréter un rôle. Pour le plaisir. Celui du déguisement, celui de la transcendance sur scène: "Je voue une vraie vénération au théâtre, car cet art possède une dimension supplémentaire: vous vous mettez en jeu chaque soir et donnez de toute votre personne pour mériter les applaudissements", souligne Stéphane. "En 2006, j'ai donné 250 représentations de "Numéro Complémentaire", avec Francis Perrin, Isabelle de Botton et Anne-Sophie Germanaz. Une pièce écrite par Jean-Marie Chevret et mise en scène par Alain Sachs. C'était très agréable de jouer devant autant de monde. Et je compte bien remonter bientôt sur les planches..." Stéphane aime la scène et ne le cache pas: "C'est amusant d'entrer dans la peau de personnages à la vie trépidante. Je me rends compte que la vie des autres est plus intéressante que la mienne." Et pourtant: "J'ai la chance de côtoyer ceux qui font l'actualité, et ceux qui auraient pu la faire. Je pense ici aux princes et princesses dont la fonction échappe au commun des mortels. Mais je fais partie des rares personnes qui y trouvent encore un intérêt." Assumé. Qu'il le reste. Stéphane Bern est un homme de goût. La désinformation, il la combat. La TV informative, c'est ce qu'il préfère -en tant que fervent spectateur de Mon Oeil le samedi à 13h15 sur France 2-, quand agressivité, voyeurisme, narcissisme, vulgarité, inculture et stupidité invitent le spectateur à se complaire dans une image infantilisée et dégradée, à l'image de La Ferme Célébrités, diffusée sur TF1: "Une émission qui ne m'intéresse pas le moins du monde, et visiblement, je ne suis pas le seul... Ce sont des souris de laboratoire: le cerveau des participants n'est pas très encombré... C'est tellement affligeant de bêtises... J'ai croisé une fois ce Michaël Vendetta: il a peut-être tout misé sur son physique, mais pas grand chose sur son cortex..." C'est dit. Présenter le JT ? "Non, pour deux raisons: je ne vois pas l'intérêt de lire un prompteur, et puis je suis trop émotif. J'ai souvent les larmes aux yeux en voyant toutes les atrocités et l'injustice qui règnent dans le monde. Ça me révolte. Je ne pourrais pas le faire: je suis quelqu'un de positif, qui aime divertir et faire sortir les gens de ce quotidien détestable. Les évader. J'ai envie que leur vie soit à la fois plus culturelle et plus amusante, plus drôle, plus conviviale." Avec Comment Ça Va Bien !, le pari est réussi. Même s'il reste un petit point à régler: "Je n'aime pas me regarder. Je n'ai pas un rapport très apaisé avec mon image", confie Stéphane. "Regrets", "remords" sont des mots qui ne font pas partie de la philosophie de vie de Stéphane Bern: "Si j'étais un "deus ex machina", j'aurais plus tendance à changer des détails de mon physique que revenir sur un creux de ma carrière", avoue t-il, précisant: "Il est important de se souvenir qu'on est mortel. Ne pas se prendre pour un Dieu quand on n'est qu'un humain. On ne peut pas dire pour autant que je sois un épicurien, car je ne profite pas des plaisirs, je ne suis pas un jouisseur: je fais plutôt partie des doloristes, je travaille beaucoup et me mets moi-même à la peine pour justifier de ce que la vie m'a apporté. Tout a un prix. Et je crois au destin. Je me sens guidé par une bonne étoile." Stéphane Bern a su, au fil du temps, faire de sa passion un intérêt professionnel. Auteur de nombreux ouvrages sur les têtes couronnées, il y détaille la vie du Gotha avec une grande application et implication. Le Fou du Roi bat son plein sur France Inter, Comment Ça Va Bien ! cartonne sur France 2... Que demander de plus ? "Comme disait Madame Mère: "Pourvou que ça doure !" Mais ça reste fragile... J'en parle souvent à Nagui, un de mes rares amis à la TV: il profite à fond de ses succès, car c'est tellement fugace... On a envie que ça continue." C'est tout ce qu'on vous souhaite, Stéphane. Nouveau commentaire :
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