Laurent Bàn: de l'ombre de Jànos au masque de Zorro27/02/2010
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"Conditionnés, nous établissons nous-mêmes nos propres règles. Les miennes sont basées sur le respect, l'humilité, la curiosité, et l'envie de découvrir sans cesse d'autres contrées. Au final, plus j'avance, plus je sais, et moins je sais." La lucidité qui ressort de ces propos n'est pas le fruit du hasard.
Laurent Bàn est né d'une mère française et d'un père hongrois -arrivé en France à l'âge de 19 ans-. Très tôt, le jeune homme apprend à se débrouiller seul, "avancer à la force des poignets" comme il l'affirme. Alors il marche dans l'ombre. Celle de son modèle, Jànos. Comme lui, il va se mettre au dessin, puis à la peinture. Comme lui, il va baigner dans l'univers de la musique. Comme lui, il va user d'une profonde force mentale: "Mon père s'est toujours battu, il n'a jamais baissé les bras et a toujours trouvé les ressources pour nous éduquer, mon frère David et moi. Dès l'enfance, j'ai eu ainsi moi aussi l'envie de me battre et d'aller au bout de mes entreprises. Ne pas me plaindre de choses futiles." Apprendre à relativiser les événements. La clef. Très vite, Laurent se plonge dans la peinture, qu'il considère comme un outil de communication et d'expression à part entière: "Timide de nature, j'avais un monde intérieur très riche. Je ressentais un besoin de m'exprimer. Le dessin me permettait de sortir de cette espèce de boîte, de sarcophage qui m'opprimait." Tout naturellement, il se lance dans des études de plasticien-graphiste, expose ici et là quelques oeuvres personnelles, et participe à la conception d'affiches et de décors de théâtre. Mais en 1991, c'est la révélation. Lors d'un banal spectacle de fin d'année de terminale, Le Poincashow, Laurent décide de monter sur scène interpréter des succès de Starmania. "Et là, je découvre que je sais chanter ! À vrai dire, je l'ignorais", avoue t-il. Dans la salle, Marino Milani n'en a pas laissé échapper une miette. Manager dans la région lorraine, il engage Laurent sur-le-champ pour intégrer Hello, un groupe de variétés. L'artiste se souvient: "Je passais mon service militaire, à l'époque. J'ai dû faire usage de tous les stratagèmes pour échapper à la surveillance de mon régiment. Dans un unique but: chanter six heures par soir, et former ma voix à divers styles musicaux." Le travail paie. La persévérance de Laurent est récompensée. Admis en 1992 au Conservatoire National de Nancy section art dramatique, il peaufine son expérience de comédien dans les registres classique et contemporain. Parallèlement, il intègre de nouvelles formations (One O One -groupe de rock de compositions et de reprises-, Yougatoussing, Air-Bag, La Meilleure Idée, Amnésia, Les Ecus de Sobieski...). Et ce, tout en continuant de peindre. La facette d'un artiste multi-tâches éclot. En 1994, Laurent Bàn assiste à un spectacle de Starmania, mis en scène par Lewis Furet, au Théâtre Mogador. Conquis par Michel Pascal, qui tient le rôle de Zéro Janvier, il va à sa rencontre à la fin du spectacle pour le féliciter. "Il m'a conseillé de m'accrocher, et de travailler, toujours plus. Ce qui est drôle, c'est que sept ans plus tard, je me suis retrouvé sur cette même scène, à ses côtés, avec "Notre-Dame de Paris", écrite par Luc Plamondon et composée par Richard Cocciante. Lui jouait le rôle de Frollo, et moi, en alternance, ceux de Gringoire et Phœbus de Châteaupers", se rappelle Laurent. Un souvenir inoubliable ancré dans le coeur du jeune artiste. La boucle était bouclée: "Je me suis vu de l'extérieur, en train de me regarder chanter. C'était incroyable." Tout autant que les 10 000 spectateurs venus en masse applaudir chaque soir la troupe lors de sa tournée mondiale entre 2005 et 2006 à Pékin, Shanghai, Séoul et Taïwan. Laurent Bàn sortira son premier album, Ante, en 2006; un opus qui mêle quelques grands succès de Notre-Dame de Paris à des compositions personnelles. Un fait d'armes qui n'aurait pu se réaliser sans un culot certain. Le 03 avril 1999, jour de ses 26 ans, Laurent reçoit sa première convocation pour Paris. Un mois plus tard, il débarque dans la capitale et auditionne à l'Opéra Comique devant le metteur en scène Alfredo Arias et le dramaturge René de Ceccaty pour Les Peines de coeur d'une chatte française. Les explications de Laurent: "Je devais présenter une chanson et un texte en français et en italien. Ne parlant pas du tout la langue, j'ai dû apprendre phonétiquement les textes, puis, une fois retenu, la langue italienne, à raison de 8 heures par jour pendant 15 jours. Et ça a marché !" S'ensuivront deux ans de tournée en France et en Italie, agrémentés de deux Molière en 2000, celui du Meilleur spectacle musical et celui des Meilleurs costumes. Depuis 2002, Laurent Bàn enchaîne les spectables musicaux (Le Petit Prince, La Troupe, Chance, Singin' in Paris, Les Hors-la-loi, Babel, Il Conte Di Montecristo, Hair...), travaille sur l'adaptation de spectacles vivants (Marlène D., The Legend, Le Journal d'Adam et Eve...), et fait quelques apparitions dans des films, séries et courts-métrages (Paradisco, Le Fantôme de l'Opéra, Alive, Chante...). Sans plan de carrière prédéfini, l'artiste considère chaque projet comme un challenge, constitutif d'un épanouissement personnel profond: "Aller au delà de mes capacités me nourrit: je découvre des langues, des cultures, et fais des rencontres extraordinaires." Avec Zorro Le Musical, produit par Stage Entertainment, Laurent Bàn franchit un nouveau cap dans sa carrière: "Je me sens vivre. Je vais au maximum de ce que je peux faire en explorant diverses facettes de ma personnalité", confie t-il, avant d'ajouter: "Et c'est là que ma curiosité m'a été utile: pour interpréter le rôle de "Zorro", le metteur en scène exigeait en effet une personne qui sache danser, chanter, jouer la comédie, faire de l'escrime, et qui ait un vrai recul sur elle, beaucoup d'autodérision. Ce qui reste beaucoup de travail." Mais il regrette: "En France, on a malheureusement trop tendance à mettre les artistes dans des cases...." Dans Zorro Le Musical, chacun touche à tout. Les spectateurs voient ainsi ce qu'est une comédie musicale mêlant à la quasi perfection rigueur anglo-saxonne et sensibilité latine. Au total, un mois et demi de répétitions a été nécessaire pour assurer chaque soir un show de toute beauté. Le 23 février, la 100ème de Zorro a été saluée à l'unanimité. Laurent aime son métier. Il n'en demeure pas moins très attaché à sa passion première, la peinture: "Lorsque j'aurai à nouveau l'inspiration, pourquoi pas, à terme, organiser une exposition d'oeuvres plus abstraites et plus intérieures, à l'image d'un Salvador Dali ou d'un Enki Bilal", suggère t-il. Bonne idée. Par ailleurs, l'artiste prépare actuellement -doucement mais sûrement- un deuxième album: "J'aimerais y mélanger des sonorités de l'Est liées aux origines de mon père et des influences occidentales. Je réfléchis actuellement à une collaboration éventuelle avec Jean-Félix Lalanne, qui se propose de m'écrire quelques textes." Il se murmure également que Le Journal d'Adam et Eve connait un succès tel que plusieurs festivals se proposent de racheter l'oeuvre. Et puis, comme si cela ne suffisait pas, deux projets en cours d'étude se dessinent pour Laurent: l'un sur scène en tant qu'interprète, l'autre dans la création et la comédie. Les fans devront patienter pour en savoir plus ! "L'important n'est pas le but, mais le chemin pour y arriver." Laurent Bàn l'a bien compris depuis son enfance. La sensibilité est le meilleur allié d'un artiste. À la fois une qualité qui permet aujourd'hui à Laurent d'exercer son métier de manière épanouie, et un défaut dans des situations de réelle détresse: "Il faut alors transformer cette énergie négative, empreinte de panique et de doute, en force positive. Aller de l'avant." Très juste. Profiter, surtout. Comme Jànos. Nouveau commentaire :
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