Kelly Morellon: une passionnée de la Langue des Signes Française "main dans la main" avec les sourds contre la différence

22/10/2011
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Kelly Morellon: une passionnée de la Langue des Signes Française "main dans la main" avec les sourds contre la différence
"Si tu peux le rêver, tu peux le faire." Cette célèbre citation de Walt Disney revêt tout son sens pour Kelly Morellon. C'est au banquier et armateur Jacques Coeur que l'on doit cette variante: "À coeur vaillant, rien d'impossible." Alors le courage, elle le prend à bouts de bras, à bras-le-corps, à corps perdu, parfois... Les épreuves ? "Elles font partie de la vie !", banalise t-elle avec humour.

À l'âge où les enfants aiment courir partout, Kelly, elle, reste discrète et posée, dans son coin. Curieuse, elle écoute et observe. À deux ans, la fillette quitte Lyon et s'installe à Survilliers en compagnie de ses parents. Elle y restera quatre ans. À Chevrières, dans l'Oise, la petite Kelly se sent très vite différente des autres jeunes de son âge: "Cette différence me pesait...", se souvient-elle. Un jour, sa mère Sylvie la prend sur ses genoux et lui conseille d'entretenir cette différence. Kelly en fera sa force. Pendant que ses camarades se chamaillent, elle, s'amuse... à aider les plus petits, ceux qui souffrent. Ça dérange... Tant mieux.

Adolescente, Kelly rencontre des problèmes de santé qui viennent ralentir considérablement son rythme de vie scolaire. En classe de troisième, elle fait régulièrement des crises de tétanie. La spasmophilie lui pourrit alors l'existence. Elle manque un an de cours. Coupée de tout, elle suscite l'inquiétude de son entourage: "C'était une situation très dure à supporter: ma famille me voyait souffrir, et savait pertinemment qu'elle ne pouvait rien faire..." N'ayant d'autre alternative que de redoubler sa classe de troisième, Kelly commence inconsciemment à s'accrocher à ses rêves. Elle se bat. Elle en est persuadée: elle se sortira elle-même de ces tourments incessants.

"Incessants", oui. Du fait de ses résultats scolaires, le corps professoral conseille à Kelly de se lancer dans un BEP Carrières Sanitaires et Sociales (CSS). Elle, s'obstine: elle souhaite suivre un bac Littéraire. Alors elle rentre en classe de seconde, à Compiègne: "Une année très difficile: une équipe pédagogique d'orientation plus scientifique que littéraire, un professeur de français avec lequel je ne m'entendais pas..." Kelly se résigne, un temps, à s'inscrire en BEP CSS. Par chance, aucune place n'est disponible. Elle réintègre son lycée et change d'équipe pédagogique. Les professeurs croient désormais en elle et en son rêve: devenir professeur des écoles. Elle passe en classe de première littéraire, puis en terminale littéraire. Kelly ne peut se présenter aux épreuves du bac, ratrappée par d'importants ennuis de santé, "une grosse claque" selon ses dires. Nous sommes en 2008: la jeune fille débute l'apprentissage de la Langue des Signes Française (LSF). L'idée de monter une association mûrit déjà...

La LSF, une passion qui rythme la vie de Kelly Morellon: "Je trouve que c'est la plus belle langue du monde après le Français", souligne-t-elle: "Elle est magnifique, dans le sens où deux individus qui se parlent en langue des signes ne peuvent que se regarder face-à-face; du coup, le discours est bien plus direct, franc et sincère." C'est en découvrant La Petite Sirène de Disney que Kelly tombe pour la première fois amoureuse de la langue des signes: "Dans un des épisodes de la série, Ariel, La Petite Sirène, rencontre une sirène sourde, et signe avec elle. J'étais impressionnée à l'époque de voir tout ce que l'on pouvait se dire uniquement avec les mains !" Dès lors, Kelly sait que la LSF fera partie intégrante de sa vie.

En terminale littéraire, elle s'inscrit à un atelier d'initiation à la langue des signes: "C'était magique ! Je me sentais appelée par cette langue si riche...", se souvient-elle avec émotion: "Et je me suis vraiment rendue compte, peu à peu, que les autres élèves ne me regardaient pas moi, mais ce que mes mains racontaient." Kelly guérit naturellement de son agoraphobie. Désormais, dès qu'elle voit un objet, Kelly ne peut s'empêcher de le traduire dans sa tête ou de le signer: "Ça me suit partout !", poursuit-elle.

La LSF comporte 18 niveaux. Un niveau se valide en trente heures et coûte 250 euros. À raison d'une heure par semaine, vous acquerrez deux niveaux par an. Kelly Morellon a pour sa part décidé d'apprendre la langue des signes en formation intensive à l'Ecole Française de Langue des Signes (EFLS), à Paris: une semaine pour la validation d'un niveau. Actuellement au niveau cinq, la jeune femme ne compte pas s'arrêter en si bon chemin. Elle dresse un constat effarant: "Apprendre la LSF n'est malheureusement pas accessible à tous, d'un point de vue financier; tant que ce sera aussi cher, il manquera cruellement d'enseignants spécialisés et d'interprètes."

Alors Kelly Morellon va prendre les choses en main en créant l'Association Main dans la Main, qui vise à réunir la communauté sourde et la communauté entendante. Pour ce faire, la présidente perçoit les cotisations de ses membres dont elle se sert pour financer ses cours à l'EFLS, et ainsi transmettre les enseignements reçus car, précise-t-elle, "la seule chose dont les sourds ont réellement besoin aujourd'hui, finalement, ce ne sont pas des implants cochléaires qui ne fonctionnent pas encore à l'heure actuelle, mais de la Langue des Signes Française."

En 2000 débarque Roméo et Juliette - De la haine à l'amour. La comédie musicale de Gérard Presgurvic comporte certaines chorégraphies en langue des signes. Kelly s'en amourache: "Enfin, les sourds ont pu avoir accès à une partie d'un spectacle, et d'une grande oeuvre, au passage !" Quelques mois plus tard, la jeune fille découvre le spectacle musical La Petite Sirène et son interprète, Florence Coste, qui deviendra marraine entendante de l'association. Julien Dassin, le fils cadet de Joe Dassin, acceptera d'être membre d'honneur. Quant à la marraine sourde de l'association, il s'agit de la comédienne Monica Companys, qui a fondé les ateliers "Signe avec moi", pour permettre aux bébés entendants de pouvoir communiquer avec leurs parents en langue des signes, en attendant que la parole arrive: ce sont les bébés signeurs.

En parallèle de la mise en place de l'Association Main dans la Main, Kelly Morellon parvient à monter un atelier de langue des signes dans son lycée de Compiègne, en réunissant une classe d'une trentaine d'élèves: "J'étais très surprise de tout ce monde..." Alors quand les professeurs eux-mêmes décident de s'inscrire, Kelly est enjouée: "Je me suis ainsi rendue compte qu'ils étaient comme les élèves, à chercher n'importe quelle excuse pour se justifier de n'avoir pu ou su faire un devoir !..."

Aujourd'hui, la frontière entre la communauté sourde et la communauté entendante est bel et bien présente. De petits efforts peuvent néanmoins faire fléchir cette barrière qui ne rompt pas encore: "Pour qu'elle se brise, il faudrait que tout le monde sache parler la langue des signes, ce serait le meilleur des mondes ! Mais c'est surréaliste...," déplore Kelly, qui ajoute: "Lorsque vous vous adressez à un sourd, n'hésitez pas à articuler, car ce dernier fait un effort considérable, en lisant sur vos lèvres, pour essayer de vous comprendre." De même, évitez de lui parler à contre-jour en haussant le ton, car non seulement un sourd ne vous entend pas, mais il ne parviendra pas, en outre, à déchiffrer correctement le mouvement de vos lèvres. La surdité est un handicap invisible, on l'oublie trop souvent...

Kelly Morellon souhaiterait, à terme, étendre les actions de l'Association Main dans la Main aux aveugles et aux fibromyalgiques: "J'aimerais que les aveugles aient un meilleur accès au braille, et que les patients atteints de maladies musculaires se sentent soutenus", avoue-t-elle. La jeune femme confiera être atteinte de fibromyalgie, une maladie neuromusculaire qui la handicape au point de ne plus pouvoir bouger d'une minute à l'autre: "Ça me fait très peur, et le regard des autres est extrêmement dur dans ces moments-là." Une fois de plus, elle décide d'affronter la difficulté pour mieux l'appréhender et vivre pleinement: "Grâce à Antonio Gayot et Anita Hernandez, j'apprends le flamenco depuis plusieurs mois déjà." Avec le secret espoir de monter, un jour, un spectacle mêlant danse et langue des signes...

Comme si cela ne suffisait pas, Kelly Morellon est Auxiliaire de Vie Scolaire (AVS): très régulièrement, elle s'occupe de deux élèves handicapées, Caroline et Firiel. Firiel est une jeune fille malvoyante, dont la personnalité attachante bouleverse Kelly: "Elle me fait voir la vie autrement. Son seul but, dans la vie, est de réussir ses études et d'avoir un métier. Elle veut être comme tout le monde, en fait..." Le chanteur Pedro Alvarez dit très justement: "Il n'y a pas des personnes normales et des personnes anormales; pas plus que des personnes valides et des personnes handicapées. En revanche, certaines personnes sont ordinaires, d'autres extraordinaires." Tout est dit.

Le 13 ou 14 juillet de chaque année, Kelly et l'Association Main dans la Main entonnent La Marseillaise en langue des signes, à Chevrières ou alentours. Leur ambition ? "Nous rendre à Paris et interpréter, à l'occasion du défilé du 14 juillet, l'hymne national français, en compagnie des sourds. Tous ensemble, il est grand temps de se faire entendre !" À vos agendas: le 11 novembre prochain, tous interprèteront La Marseillaise en LSF au monument aux morts d'Houdancourt, à 9 heures. Et le 17 mars 2012, une escale celtique aura lieu à la salle municipale de Chevrières, en compagnie d'artistes bretons et irlandais, et de l'Association Main dans la Main. Notez par ailleurs qu'un projet de traduire les chansons du grand Joe Dassin en LSF est actuellement en étude.

Lorsqu'elle aura achevé sa licence de Lettres Modernes, Kelly Morellon compte suivre un master dans l'enseignement à l'université de Cergy-Pontoise, afin d'être professeur des écoles pour les sourds-aveugles. Cette année, grâce à elle et à l'ancienne directrice, Sylvie Brodziak, les élèves de deuxième année de licence de Lettres Modernes ont la possibilité de bénéficier de cours de LSF. L'avancée est palpable. Les mentalités sembleraient changer... Amis lecteurs, soyez sûrs d'une chose: nous n'avons pas besoin de parler pour nous faire comprendre...

Dans l'oeuvre de Shakespeare, Juliette fait preuve d'un courage sans faille et va au bout de ce qu'elle entreprend. Tant pis si le monde s'arrête autour d'elle... Elle, continue à rêver et à se battre pour que son rêve devienne réalité. Transposée à nos jours, cette trame se calque parfaitement sur le destin de Kelly. Et quand on sait que la foi est un épisode inébranlable et inaltérable de la vie de Kelly Morellon, on comprend aisément qu'il n'est point de hasard à ce qu'étymologiquement parlant, "Kelly" vienne du gaélique "Ceallagh" et signifie "chapelle"...

Chapeau, Kelly !

Alexis Boutévillain




1.Posté par Neigeline le 23/10/2011 10:08
vraiment, un beau parcours, une belle destinée !

Bonne Continuation Kelly

2.Posté par Floralizee le 24/10/2011 13:11
Tel le bouton d'une rose, Kelly s'est épanouie grâce à son combat permanent pour réussir ce qu'elle entreprend, pour devenir plus tard j'espère la reine des roses. Elle le mérite, Chaque jour, je suis témoin de tous les efforts qu'elle doit faire pour y arriver .
Bravo a Alexis d'avoir eu les mots justes pour faire ce portrait poignant, Les mots s'assemblent comme dans un puzzle et on hâte de lire la suite , j'aime cette façon d'écrire, et je remercie Florence Coste, marraine de l'association main dans la main dont Kelly est la présidente, d'avoir fait croiser nos chemins sans elle rien n'aurait était pareil. On cherche souvent les anges, sans savoir où on peut les trouver alors qu'ils sont autour de nous. Merci mille fois à tous les deux, J'espère que tous les projets de Kelly deviendront réalité plus tard.

3.Posté par Ambrine le 26/10/2011 17:43
Quel joli portrait ! Connaissant bien Kelly je peux dire qu'il est très réaliste et qu'il lui va comme un gant !!! Un grand bravo à Alexis pour avoir trouvé les mots qui la définissent si bien. Et souhaitons à l'association main dans la main un épanouissement extraordinaire !

4.Posté par Lysandre le 01/11/2011 14:08
Ce portrait nous révèle l'étendue de tout ce qui reste à faire pour les personnes atteintes d'un handicap, et comment une jeune fille courageuse et déterminée peut décider toute seule de s'attaquer à la montagne, sans crainte de l'ampleur de la tâche. Une belle leçon de courage à méditer...

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