Emilie Wawerla: de "La Fille aux Pères" à l' "Emi" multifacettes

02/04/2010
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Emilie Wawerla: de "La Fille aux Pères" à l' "Emi" multifacettes
Les Amis ne sont plus ce qu'ils étaient... Elle en sait quelque chose. Dès sa première expérience théâtrale professionnelle, "Emi" montre qu'elle a de la gnaque, n'hésitant pas à motiver ses troupes au moment de monter sur scène. Sans se douter une seule seconde que celle qui tient le rôle principal vient de se rompre le tendon d'Achille... Cette dernière assurera le spectacle durant plus d'une heure. Parce que elle, au fond, ne lâche rien.

Sur scène, elle donne. Sans compter. Généreuse. Pêchue, elle nous est familière. La bonne copine, quoi. Curieuse du monde qui l'entoure. Ouverte d'esprit. Ambitieuse.

Née de parents comédiens, élevée par sa mère et son oncle, Emilie Wawerla a grandi dans un milieu modeste. De ses origines polonaises, elle en garde des valeurs humanistes profondes, basées sur le don de soi et la confiance: "Ma maman a toujours tout fait pour me protéger, se battant quotidiennement pour que je ne ressente aucun manque. C'est réussi. Elle m'a toujours laissé une grande part de liberté dans mes choix de vie. Et je ne l'ai jamais trahie", confie Emilie.

Naturellement, elle suit le même chemin. Emilie intègre le Centre International Rick Odums en formation professionnelle, après avoir pataugé en danse classique et en danse contemporaine qui exigeaient "trop de rigueur", et pratiqué la danse orientale. Elle suit les cours de danse jazz de Daniel Valcin, ancien danseur du Lido, du Paradis Latin, du Casino de Paris... et de Line Renaud. Mais Emilie n'est pas au niveau des autres filles, plus expérimentées. Alors, elle redouble d'efforts, et s'accroche. Elle s'inscrit aux ateliers de coaching, d'improvisation et de "camera training" de Damien Acoca, ancien fondateur du Studio Pygmalion. Une persévérance récompensée, puisqu'elle se fait remarquer par Virginie Stevenoot, à l'époque Directrice de l'Ecole de Danse de la Bastille, puis du Studio Virginia 902. Cette dernière lui ouvre les portes de la Salle Pleyel, où Emilie jouera Cabaret et Alice au Pays des Merveilles: "Je savais que j'allais progresser avec Virginie, elle m'inspirait confiance et me faisait confiance. Elle me boostait", se souvient Emilie. L'apprentissage du chant permet par la suite à la jeune fille de modeler et moduler sa voix. Au fil du temps. Le temps... Emilie ne compte pas le sien. Un nouveau défi ? Elle s'y lance: le théâtre d'improvisation lui tend les bras. La machine s'emballe.

L'été dernier, la jeune femme se fait repérer par TF1. Elle raconte: "J'ai passé un casting pour apparaître dans un programme court diffusé sur France 2. Du moins, c'est ce qu'on m'avait dit. Lorsque je me suis présentée à l'audition, on m'a demandé d'improviser, en réaction à une nouvelle choc: je venais d'apprendre que mon meilleur ami est homo. Je me suis lâchée, et surtout, amusée." Emilie est sélectionnée pour jouer son propre rôle de comédienne dans un jeu de télé-réalité: "J'étais un peu réticente au début, mais c'était l'occasion de montrer ce que je vaux, d'autant plus que le public avait été mis au courant que j'étais comédienne", se rappelle t-elle. Pendant deux mois, elle joue le rôle de la meilleure amie d'Emeric, lui-même comédien, dans Mon Incroyable Fiancé 2. Le concept: Christopher, 23 ans, doit convaincre ses parents -en seulement quelques semaines- qu'il va se marier en Espagne (pays de l'Union Européenne où le mariage homosexuel est légal) avec Emeric, un vrai boulet. Une sorte d'hymne à la tolérance.

De cette expérience télévisuelle, Emilie sort grandie. Le petit écran l'attire: "Il a besoin d'un petit lifting !", plaisante t-elle. Le monde du cinéma la capte. Demeure une certaine appréhension: "Contrairement au théâtre, il n'y a pas de retour direct du public, ça me fait un peu peur", souligne Emilie, qui ajoute: "J'aime être rassurée, ressentir la satisfaction des gens en instantané." Le différé la dérange. Une gêne dont elle souhaite se débarrasser: "J'ai envie de creuser plus, et m'ouvrir à d'autres aventures, comme tourner dans un film." Depuis 2002, Emilie Wawerla a déjà fait plusieurs apparitions dans des courts et longs-métrages.

Mais sa première passion, celle qui la tient quotidiennement en haleine, c'est la comédie. Après avoir joué dans Les Amis ne sont plus ce qu'ils étaient de Frédéric Rondot en 2001 et 2002, Emilie Wawerla se consacre à l'écriture de son premier one woman show. En 2004, elle partage la scène avec Geneviève Gil dans une comédie hilarante de Farid Omri: Au Secours, elles veulent toutes des bébés. L'histoire de deux femmes qui veulent le même homme pour faire des bébés; lui veut bien les femmes, mais pas les bébés. La pièce remportera un franc succès au Festival d'Avignon. Couscous aux lardons, moins.

En 2004 et 2005, au Théâtre Le Méry, Emilie incarne La Fille aux Pères aux côtés de Gilles Hoyer et Fabrice Blind, co-auteur de la pièce avec Michel Delgado. Il s’agit de la première comédie française sur le thème de l’homoparentalité. Emilie se souvient d'une anecdote: "Un soir, nous jouions en Belgique, au Koek's Théâtre. Nous avions bu un bon verre de vin avant de monter sur scène, ce que je ne fais jamais. Ça ne m'a pas réussi: j'ai cassé un verre dont on devait se servir pour jouer, et au moment où un membre de l'équipe m'interpelle par surprise pour m'en tendre un deuxième, j'ai poussé un cri tel que le public a tout de suite été conditionné ! C'était un grand moment de solitude..."

Mais Emilie Wawerla ne pourrait se contenter de jouer la comédie. Elle, en plus, écrit. En 2007, Couchette Surprise se joue au Théâtre Pixel et au Festival d'Avignon. Dans cette comédie, trois passagers d'une même couchette -une célibataire désenchantée, un escroc et une bourgeoise indiscrète- font de leur trajet commun vers l'Italie une aventure inoubliable, où suspense et rires sont au rendez-vous. Faire rire en interprétant ses propres textes est devenu sa priorité.

Alors, grâce aux collaborations de son fidèle ami Frédéric Rondot et du metteur en scène Fabio Avon, Emi prend forme. La femme, le spectacle. "Le One". Emilie Wawerla se produit au Théâtre Michel Galabru fin 2006, puis l'année suivante au Théâtre des Blancs Manteaux et au Théâtre de la Providence. Depuis juillet 2009, elle est au Théâtre du Point-Virgule les dimanches, lundis et mardis à 19h. Jusqu'en juin, au moins, avant d'entamer une tournée d'été. Par ailleurs, à la fin du mois d'avril, Emilie Wawerla exportera Emi durant 9 jours en Sicile, en Grèce, et en Croatie. L'artiste prend ses marques. Du gallon, aussi: "Je continue de travailler ma plume et d'affirmer mon style d'écriture. Je commence à le comprendre. J'espère qu'un jour, je réussirai à faire de l'Audiard !", s'exclame t-elle. On lui souhaite. Dans Emi, Emilie dépeint, à l'aide d'un humour éclatant de vérités et rempli de tendresse, la comédienne déchue devenue alcoolique, la chanteuse R'n'B complètement déjantée, l'adolescente gothique fan de la mort, l'enquêtrice de rue contrainte de braquer un mec pour être écoutée... De purs moments de franche rigolade ! Ses sources d'inspiration ? "Les gens que je croise quotidiennement dans la rue ou autre part, l'actualité, mais aussi tout ce qui me révolte. Dans "Emi", j'entre depuis peu dans la peau de la mère indigne, qui frappe son enfant et l'enferme dans une cave. Ces personnes ne sont tellement pas habilitées à être parents...", déplore Emilie.

Peut-être est-ce là que vous l'avez récemment découverte, à l'Olympia, dans Scooby-Doo et les pirates fantômes, mis en scène par Rémy Caccia. Jusqu'à février dernier, Emilie y interprétait le rôle de Daphné, la belle rousse aux cheveux longs. Scooby-Doo à l'Olympia, qui l'aurait crû... "C'est le dessin animé inter-générationnel, fun, super délire, avec des personnages haut en couleur", affirme Emilie. Il se murmure que le spectacle pourrait reprendre en fin d'année. À suivre.

"Un artiste ressent le besoin de créer, avant d'en avoir envie" dixit Emilie Wawerla. Alors elle crée, l'Artiste. Quelque temps déjà qu'Emilie s'adonne à l'écriture d'un nouveau spectacle, qu'elle espère jouer dès la rentrée. Confidences: "Il sera composé de chansons humoristiques -à tendance jazz, rock, parfois blues-, entrecoupées de sketchs." Ça promet.

Elle se pose, Emilie. Elle fait plus attention à elle: "Aujourd'hui, bien qu'il me reste quelques petites choses à recoller, je suis rassemblée", constate t-elle. Tant mieux. Organisée, elle travaille toujours sur deux projets à la fois, "je me sens ainsi plus souple, plus alerte, et je ne m'éparpille pas pour autant." Elle cible ses priorités et renforce la richesse de ses valeurs par le pouvoir de ses engagements: "Je compte soutenir les associations qui luttent pour la cause animale, et contre le cancer." La générosité, on n'en joue pas. Elle, en use. Ton oncle peut être fier de toi, Emilie.


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