Arnaud Gidoin: quand l'opportunité défie l'amalgamation

10/03/2010
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Crédit photo: © Léo CAILLARD
Crédit photo: © Léo CAILLARD
À ceux qui le jugent prétentieux, il propose naturellement d'aller boire un café. Sa personnalité rime avec simplicité. La méchanceté ambiante et gratuite, avec facilité. Le constat d'Arnaud Gidoin est sans équivoque: "Dans le métier, certains jouent de leur notoriété. Du coup, on a une fâcheuse tendance à m'amalgamer avec ce genre de personne, et on me critique, dans le simple but de me critiquer. Je préfère nettement la critique constructive."

Constructif. L'adjectif qualifie parfaitement le parcours d'Arnaud Gidoin. Comme chacun, il fut caillouteux, parsemé d'embûches. L'Homme s'en est servi pour distiller humour et bonheur. Sans compter. La générosité serait le propre d'un comédien. Lui en use. Il est le bon copain qu'on aimerait tous avoir.

Arnaud a une conscience. Celle de pouvoir réaliser qu'il a de la chance d'être sur scène: "Je joue comme je respire, c'est un besoin", confiera t-il. Comme tout bon comédien, lui aussi traverse des périodes de doute: "Je me demande toujours si je suis assez drôle, si j'intéresse les gens..."

Né en 1968 à Boutervillers -près d'Etampes- d'un père fondeur passionné d'aviation -technicien aéronautique au centre d'essais en vol de Brétigny-sur-Orge- et d'une mère sténodactylographe, Arnaud Gidoin se souvient avec nostalgie des moments passés en famille: "Mon père avait pour habitude de bachoter dans une petite salle enfumée. Ma mère m'emmenait lui dire au revoir le soir. Il était assez sévère, mais j'avais tout de même pas mal de libertés. Aujourd'hui, mon ouverture d'esprit, je la dois à l'éducation que m'ont inculquée mes parents."

Une enfance au cours de laquelle Arnaud part pour la première fois en vacances. Comblé. "Certains n'en ont pas la chance, ça me fout en rage !", affirme t-il. Alors, il s'engage. En octobre dernier, il permet aux enfants qui ne partent jamais en vacances d'ordinaire de s'évader, en étant l'instigateur d'une opération dont les bénéfices sont intégralement reversés au Secours Populaire: la vente d'un calendrier à 20€, tiré à 30 000 exemplaires et paru chez Oh! Editions, sur lequel il pose nu en compagnie de 15 autres personnalités masculines (Bruno Solo, Manu Payet, Pascal Légitimus, François-Xavier Demaison, Antoine de Caunes, André Manoukian, Nicolas Deuil, Jonathan Lambert, Arthur Jugnot, Gérard Klein, Vincent Desagnat, Philippe Lelièvre, Sören Prévost, Patrick Bosso et Laurent Boyer).

Le don de soi, se donner au public... Autant de paramètres chers à Arnaud. Chers comme ses amis: "Depuis tout petit, la bande de copains est présente, ce sont comme des frères et soeurs pour moi. Peut-être parce que je suis fils unique. Ma porte leur est toujours ouverte." Les copains, avec qui il écrit ses premiers sketchs. Arnaud a 17 ans. Il vient de découvrir le théâtre d'improvisation. Au début, il tâtonne. Il se tâte. Et puis, il se lance. Elle est déjà loin l'époque où le petit Arnaud catapultait des petits pois dans les cheveux de sa maman et balançait de la purée sur la moustache de son papa. Ou celle qui l'a vu se donner en spectacle dans le café-bar-tabac Le Rouleau que tenaient ses grands-parents: "C'était mon premier public. Quand j'y repense... Je connaissais même la taille du slip du voisin qui habitait la rue principale de Boutervillers !", s'exclame Arnaud. Amusé. Âme d'enfant.

Entre 1993 et 1995, Arnaud Gidoin joue au Théâtre Le Point Virgule. Il y présente son spectacle Bonjour l'ambiance, co-écrit avec Bruno Autin. L'humoriste se rappelle: "C'était drôle, mais jeune et très maladroit." Sa toute première scène ? "Le 10 janvier 1993. Je venais d'apprendre la mort, deux jours plus tôt, de Christian Varini, Directeur du Point Virgule. Marie-Caroline Burnat lui a succédé par la suite. Ce soir-là, elle m'avait donné comme consigne de faire rire. Il fallait assurer le spectacle. C'est également la première fois que mon père est venu me voir sur scène. Il m'applaudissait, ce qui contrastait avec sa pudeur habituelle. C'était émouvant."

Arnaud Gidoin n'en oublie pour autant ses amis. Il crée une troupe, Tapage nocturne, puis se lance dans l'aventure de La Bande Originale, en compagnie de 12 amis comédiens. Les joyeux lurons font la première partie de Gustave Parking à l'Olympia. Remarquée par Gérard Louvin, La Bande Originale fait son spectacle se produit au Splendid puis à Bobino, entre 1996 et 1997: "Gérard aimait le ton et l'originalité du spectacle, qui réunissait des comiques de tous horizons. Des univers qui se télescopaient", remarque Arnaud. Gérard Louvin le présente à Etienne Mougeotte, à l'époque Directeur d'antenne de TF1. En 1997, les deux hommes confient à Arnaud Gidoin l'animation quotidienne d'Ali Baba, produit par Thierry Ardisson. Faute d'audience, le jeu s'arrête rapidement. Deux ans plus tôt, Les Pourquoi de Mr Pourquoi avaient déjà dû s'arrêter prématurément.

Au fil de ses apparitions télévisées, Arnaud Gidoin devient familier au téléspectateur. On l'aperçoit successivement, par intermittences, à La Fureur d'Arthur et le Morning Live de Michaël Young, en tant que chroniqueur dans On a tout essayé avec Laurent Ruquier, La Méthode Cauet... Depuis quelques mois, on retrouve régulièrement l'humoriste dans le jeu En Toutes Lettres, animé par Julien Courbet sur France 2. Mais Arnaud déplore le manque d'émissions à sketchs, comme au temps des Nuls et du Burger Quizz diffusé sur Canal+: "Aujourd'hui, TV rime avec frilosité, c'est dommage." Notons par ailleurs ses apparitions dans divers courts-métrages, films (Coluche, l'histoire d'un mec, Quelque chose à te dire...) et séries (Commissaire Valence, P.J., Brigade Navarro, Duval et Moretti...).

Côté scène, après avoir joué Pas si simple, son premier one-man-show mis en scène par Pascal Légitimus, au Théâtre Trévise puis au Palais des Glaces entre 1998 et 1999, Arnaud Gidoin se lance trois ans plus tard dans Shakespeare le défi d'Adam Long, Daniel Singer et Jess Winger, mis en scène par Anne Beaumont à la Comédie de Paris et au Palais des Glaces. Comment jouer les 37 oeuvres complètes du grand William en 90 minutes, sans disjoncter ? Un périple irrésistible et surprenant, mêlant humour et décalage. Les 500 représentations données par les trois comédiens témoignent du triomphe de Shakespeare le défi.

Alors, en avril 2004, Arnaud Gidoin se lance dans La Routine, un spectacle au cours duquel se succèdent neuf personnages décalés, ancrés dans la réalité. Arnaud Gidoin nous y fait partager sa vision de la routine qui nous guette pour mieux nous livrer quelques antidotes. Et tenter d'y remédier. Délirant ! Une inspiration que le comique puise chez ceux qu'il admire, à commencer par Pierre Palmade: "J'en suis fan: il est doté d'une précision dans le choix des mots assez extraordinaire, sa vision des événements est très éloquente." Arnaud avoue aussi être fortement influencé par Coluche, et apprécier le professionnalisme d'Albert Dupontel, Peter Sellers, Mel Brooks, Al Pacino, Robert de Niro, ou encore Jim Carrey.

Arnaud écrit et joue. Ce n'est pas pour rien qu'on le surnomme "le couteau suisse". Un double talent d'auteur-interprète qui repose sur un investissement et une dépense d'énergie importants. Ceux-là même qu'il se plaît à déployer de temps à autre pour et/ou avec Sören Prévost, Nicolas Deuil, Anthony Kavanagh, Philippe Lelièvre, Franck Dubosc et Stéphane Rousseau. Pour ne citer qu'eux. L'écriture apparaît dès lors comme un jeu, dont Arnaud use de l'instrument avec une aisance déconcertante: "Le stylo est mon partenaire, il est le prolongement de ma pensée", souligne t-il. Précisément.

Sören Prévost, ou l'histoire d'une profonde amitié: "Je l'aime, mon demi-double ! Il est ma petite femme depuis maintenant cinq ans: j'ai vraiment l'impression d'avoir rencontré l'âme-soeur !, dixit Arnaud Gidoin. Leur rencontre remonte à 2005. À l'époque, dans Totale Impro, M6 et Benjamin Castaldi proposent à des comédiens un véritable exercice d'improvisation: à partir d'une situation de départ et des caractéristiques de leurs personnages respectifs, ils doivent interpréter leur propre texte créé spontanément. Catherine Benguigui, Alain Bouzigues, Edith Cochrane, Noémie De Lattre et Tatiana Goussef se prêteront volontiers au jeu. Sören Prévost et Arnaud Gidoin s'y attèleront avec panache et dynamisme: "J'avais vraiment envie de prouver ce que je sais faire, c'est là que le public m'a véritablement découvert", constate Arnaud, avant d'ajouter: "Le métier de comédien est un éternel jugement: dès lors que tu mets un pied sur scène, dans "l'arène", tu es confronté à la critique. Il faut apprendre à vivre avec."

Deux ans après Totale Impro, en 2007, Arnaud Gidoin et Sören Prévost incarnent deux secouristes -Jean-Marc et Jean-Mi- dans 2 Schuss, dans lequel les deux compères donnent des conseils à la population hivernale alpine. Dans 2 Baigne, ils s'adressent -via une suite de sketchs- à la population balnéaire estivale. Parmi les guests, notons les apparitions de Bruno Solo, Anthony Kavanagh, Jean-Luc Lemoine, Daniel Prévost, Vincent Desagnat, Philippe Lelièvre, Axelle Laffont, Arthur Jugnot, ou encore Luc Alphand. Un projet rendu possible grâce aux conseils avisés et aiguisés de Claude François Jr, le producteur de La Routine, le dernier one-man-show d'Arnaud Gidoin sorti en DVD en février dernier. Ces courts épisodes comiques s'inscrivent dans la lignée d'Un Gars Une Fille, Samantha oups !, ou Que du bonheur ! Mais le vrai regret d'Arnaud, c'est de n'avoir pu jouer dans Kaamelott.

L'humoriste ne vit pas avec des regrets. Il y remédie. Coût que coûte. Il aurait aimé savoir jouer du piano, pour que ses doigts s'imprègnent du célèbre Sometimes it snows in April de Prince. Alors, il va apprendre. Même à 41 ans. L'âge importe peu en ce qui concerne les projets: "Pour se créer des opportunités, il faut en être soi-même une", affirmait un professeur. Arnaud Gidoin l'a bien compris. Désormais, le comique fait face à son avenir: "Avant, lorsque j'étais dans ma voiture, je regardais bien trop dans les rétros. Je me faisais doubler, c'est évident. La voiture qui me devançait fumait de partout, mais ce n'était pas grave, parce que j'allais la retrouver soit à la pompe, soit à la casse. Ou bien, dans le meilleur des cas, je n'allais pas la revoir, car elle aura pris une autre route. Du moment que tu traces ta route et replies tes rétros... Tout va bien. À ne pas faire sur autoroute, cependant !" Arnaud connaît les chemins qu'il n'empruntera pas. Sans connaître exactement ceux qui le guideront vers son chemin de vie.

Dernièrement, Arnaud Gidoin était à l'Olympia. Du 19 décembre au 24 février dernier, il s'y produisait avec la troupe de Scooby-Doo et les pirates fantômes, un spectacle musical produit par Jean-Marc Dumontet, sur une mise en scène de Rémy Caccia. Une aubaine pour l'humoriste: "Scooby-Doo a marqué mon adolescence et l'enfance de ma fille Maïa. Le personnage que j'interprète, Sammy, se rapproche de moi. Très zen. Mais j'y ai mis ma patte, une certaine gestuelle, j'ai amené "mon" Sammy."

Le comique aime bouger, explorer d'autres horizons. Presque paradoxalement, c'est un homme de rituels. Le besoin de parler et d'échanger avec certaines personnes avant de monter sur les planches, celui de toucher la scène, d'écouter tel ou tel morceau (en accord avec le personnage joué), de boire un vin particulier suivant le type d'occasion (du Pessac-Léognan pour écrire, du Saint-Junien pour fêter un bon pour accord)... Mais comme tout le monde, Arnaud a ses petites habitudes: "Lorsque j'écris, je suis la majeure partie du temps à mon bureau. Entouré de bruit pour me concenter. C'est nécessaire, sinon j'ai l'impression qu'on me met en quarantaine."

Arnaud Gidoin n'a pas pour habitude de regarder en arrière. Mais il avoue aisément avoir été distrait, par le passé, n'hésitant pas à papillonner. À droite, à gauche... "La TV, c'est un milieu terrible", confiera t-il: "J'aurais bien dû engranger plus d'expérience avant de m'y lancer..." On l'a jugé. Il n'y était pas préparé. On en rêve, pourtant.

L'humoriste écrit beaucoup, donc. Beaucoup pour les autres. Actuellement, il est en préparation du nouveau one-man-show de Nicolas Deuil. Et poursuit ses projets avec Anthony Kavanagh. Les siens, également. D'autre part, Scooby-Doo et les pirates fantômes devraient reprendre du service en décembre prochain, durant les vacances scolaires ainsi que les mercredis, samedis et dimanches.

"On achève bien les chevaux." C'est son boucher qui le dit. Le grand Sydney Pollack en a fait un film: They Shoot Horses, Don't They ?, en 1969. Lui, on ne l'achèvera jamais. Arnaud Gidoin regorge d'inspirations. Il y a ce professeur qui affirmait fermement: "Pour se créer des opportunités, il faut en être soi-même une". Celle-ci passe par l'inspiration, dont la qualité juge du talent. Et ça, ce n'est pas donné à tout le monde.

Arnaud, vous êtes une opportunité.



1.Posté par Nicolas le 04/04/2010 22:43 (depuis mobile)
Bravo pour ce portrait bien brossé. J'ai croisé rapidement Arnaud plusieurs fois et il m'a fait vraiment très bonne impression à chaque fois. Longue route à lui ;)

2.Posté par Valérie le 14/05/2011 11:27
Très bel article qui efface les préjugés qu'on a de prime abord et brosse un portrait précis de M. Gidoin, pas seulement une biographie, et qui donne vraiment envie de le connaitre, de bosser avec lui et surtout d'aller apprécier ses spectacles :) Bises à lui.

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